GROSSESSE ET PLONGEE

            « Est-il possible de pratiquer la plongée sous-marine lors de la grossesse ? » est une des questions qui est le plus souvent posée en club de plongée.

            La réponse ne souffre aucune ambiguïté, c’est NON !!!

             Reste à expliquer le pourquoi d’une position aussi ferme et ne souffrant aucune discussion …

1   la physiologie des échanges placentaires

2 en-cours de plongée

3 les accidents de plongée

4 l’apnée

5   l’environnement  de la plongée

6 la piscine

7 la gestion du risque

8 en conclusion

1 - PHYSIOLOGIE

 
          Le fœtus se développe dans l’utérus, baignant pendant 9 mois dans le liquide amniotique
mais son alimentation et sa respiration se font à partir du placenta maternel par l’intermédiaire du cordon ombilical. Le placenta est une sorte de galette de 5 à 7 cm d’épaisseur collée contre la paroi de l’utérus. C’est le placenta qui assure la totalité des échanges entre circulation fœtale et maternelle, il n’y a pas de communication directe entre le système vasculaire de la mère et celui du fœtus.
 
      « Le placenta doit être considéré comme le poumon fœtal » 
Les appareils respiratoire et digestif du fœtus sont au repos, les transferts de nutriments et de gaz se font donc par diffusion ou par transfert actif  à partir du placenta. Le fœtus est totalement dépendant de l’équilibre sanguin, gazeux et électrolytique, de la mère et toute perturbation dans le sang maternel se transmet immédiatement au fœtus.
           
      Les échanges d’O² et de CO² sont optimisés pour favoriser le fœtus de part la qualité de l‘hémoglobine fœtale, des pressions partielles maternelle et fœtale et des capacités de diffusion de ces deux gaz.
 
   Le placenta est très richement vascularisé. Le sang fœtal enrichi, oxygéné et purgé est conduit au fœtus par le cordon ombilical assurant le transfert du sang dans le sens placenta materel-fœtus et inversement.
Pression en O² : sang maternel : 100 mm Hg et après passage par le placenta : 45 mm Hg
 Pression en O² dans le placenta : 40 mm Hg
 Pression en O² dans le sang fœtal :  20 mm Hg  et après passage placentaire : 60 mm Hg
 

            Le fœtus est donc en état d’hypoxie chronique tout au long de la grossesse !

   Le sang du fœtus ne passe pas par les poumons pour son oxygénation mais passe des veines aux artères par le Trou de Botale, ou « foramen ovale » dans la paroi inter-oreillettes et par le canal artériel , entre l’artère pulmonaire et l’aorte. Ces deux orifices se ferment normalement à la naissance obligeant alors le sang à passer par les poumons.
 
 
 Les bulles apparues dans le corps du fœtus ou provenant de la mère  peuvent alors passer facilement dans l’aorte puis dans les organes avec un risque augmenté de fausse-couches, de malformations ou de défaut de croissance.
 
  

2 - EN COURS DE PLONGEE

La pression de l’eau s’exerce sur l’ensemble des organes et des liquides, avec une augmentation des pressions partielles en oxygène, gaz carbonique et azote en rapport avec la  profondeur. Malheureusement, le corps humain s’il obéit aux lois de la physique n’est pas un modèle mathématique simple (cf. les tables de plongée et les multiples « tissus » traités)  Il n’est donc pas possible de connaître avec exactitude les pressions gazeuses s’exercant au niveau du placenta par rapport aux intenses écarts de pression liés à la profondeur chez la mère et chez le fœtus.

 
 
3-LES ACCIDENTS
             
              1/ La mère
               L’accident le plus redoutable est bien sûr l’accident de décompression (ADD) Cet accident survient habituellement suite au non-respect des tables de décompression et de la courbe de sécurité. Le traitement de cet ADD repose sur la recompression en caisson hyperbare et c’est la régularisation des signes cliniques déficitaires (les vertiges, les paralysies, etc…) qui signe le bon résultat du traitement de cet ADD.
    Il est impossible de connaître l’état du fœtus en cas d’ADD maternel  et plus encore l’évolution des signes déficitaires au-cours de la recompression hyperbare.
    Tout déficit en oxygène au niveau du cerveau fœtal peut entraîner de graves lésions cérébrales qui ne seront découvertes qu’à la naissance !
 
                La remontée permet à l’azote dissous dans le sang et dans les tissus de repasser à l’état gazeux et ces bulles si elles demeurent de faible taille (remontée contrôlée et respect des tables) passeront dans l’air des poumons et seront ainsi expulsées sans difficulté par l’expiration.
 
            L’ADD correspond à la présence de « grosses » bulles d’azote recouvertes de plaquettes qui vont circuler dans le système sanguin avec le risque majeur de se bloquer dans les capillaires (thrombose) provoquant la mort de la zone périphérique à cette thrombose. Ces bulles peuvent donc se bloquer dans les vaisseaux placentaires ou  traverser le placenta vers le fœtus.
 

2/ Le fœtus

L’azote dissous dans le sang maternel passera chez le fœtus via le placenta mais qu’en sera t’il lors de la remontée ? L’azote fœtal pourra t’il repasser dans la circulation maternelle aussi facilement qu’il y a pénétré ? Il est impossible de le savoir avec précision mais il est licite de penser que le fœtus peut faire un ADD alors que la mère n’aura rien ressenti !!
 
Les bulles apparues dans le corps du fœtus ou provenant de la mère peuvent alors passer facilement dans l’aorte puis dans les organes fœtaux avec un risque majoré  de fausse-couches, de malformations ou de défaut de croissance.
 
 

        3/ Autres perturbations liées au  milieu 

 
       1/ le froid qui entraîne une vasoconstriction des vaisseaux diminuant les capacités d’échanges gazeux  et augmente la fatigabilité.
           
       2/ L’exercice physique prolongé tel que celui d’une plongée de 30 à 45 minutes avec dépense musculaire, production de gaz carbonique, consommation d’oxygène et troubles ioniques.
 3/ le port de la combinaison ajustée , les plombs.
   4/ Les animaux et les plantes urticariants ou piqueurs.
4-L’APNEE
 
         L’apnée habituelle ne présente pas les mêmes risques d’ADD mais comme lors de la plongée
         en scaphandre, il nous est impossible de connaître les effets des écarts de pression au niveau du placenta ainsi que l’état gazeux du sang fœtal. La nage en surface avec palmes, masque et tuba est possible à condition de se prémunir des chocs avec d’autres plongeurs notamment venant d’en dessous (voir piscine).
      L’apnée en milieu naturel dans la zone des  3 à 5 mètres ne semble pas poser de problèmes à condition de limiter l’hyperventilation.
      
5-L’ENVIRONNEMENT DE LA PLONGEE
  Il s’agit  du port des bouteilles de plongée, du bateau très souvent encombré du fait des plongeurs, des chutes de matériel comme les bouteilles, des échelles de remontée peu faciles d’accès, du mal de mer renforçant l’état nauséeux habituel de la grossesse, etc...
   Enfin le port de la combinaison ajustée n’est pas compatible avec la grossesse comprimant l’utérus et les seins  sans parler de l’inconfort de la ceinture de plomb.
 
6-LA PISCINE
 

La présence de femmes enceintes dans un bassin où évoluent des plongeurs portant bouteilles, masque et tuba doit être interdite, le choc de l’un de ces objets sur le ventre de la femme sera très  douloureux et traumatisant. De plus, un plongeur peut glisser, tomber dans l’eau  sur le bord du bassin et ce qui ne serait en temps normal qu’un éclaboussement peut être très mal ressenti par la future mère. Néanmoins, il ne faudrait pas trop isoler la future mère pour qui la vie du club est importante.

Les femmes enceintes peuvent bénéficier de séances de piscine bien adaptées à leur grossesse dans la plupart des piscines. Informations sur les sites officiels des villes

 
 
7-GESTION DU RISQUE :
 
           La plongée sous-marine est contre-indiquée dès le début de la grossesse !! Cependant des plongées ont pu être effectuées avant de connaître cet état de grossesse. Il n’est pas nécessaire a-priori d’envisager une interruption de grossesse (IVG) mais certainement de renforcer la surveillance médicale. Une surveillance échographique notamment des membres est nécessaire avec un échographiste expérimenté.
           Des malformations fœtales seraient plus fréquentes avec des plongées répétées entre 20 et 30 m lors du 1er trimestre
Le risque est fortement majoré hors de la courbe de sécurité.
  

    Repères en cas de plongée et de méconnaissance de l'état de grossesse

  •     Entre 0 et 6 semaines de grossesse, avec le respect des paliers et à moins de 20 métres, pas de problème.

  • Entre la 6 me et la 13 me semaine, analyse des profils de plongée, surveillance échographique renforcée et échographie morphologique très particulière à 24 semaines.

  •      Au-delà de la 13me semaine, risque majeur.

    Un ADD  maternel avec recompression sous oxygène hyperbare n’est pas synonyme d’IVG mais demande une surveillance accrue au cours de la grossesse.

 

       

Les assurances .

Les assurances ne couvrent pas les incidents/accidents chez la femme enceinte en cours de plongée. La grossesse est une "contre-indication temporaire pour la FFESSM.

L'assurance annulation des voyages plongée couvre l'annulation du voyage pour cause de grossesse à condition que le contrat de réservation ait été signé avant que la grossesse ne soit connue. Il faut considérerqu'unretrad de règles dee quelques jours peut signifier un début de grossesse et donc l'assurance peut ne pas accepter de remboursement des frais de voyages car la grossesse était ou aurait dûe ête connue de la Plongeuse lors de la signature.

 

 
  8- EN  CONCLUSION                                                     
 
   La plongée en bouteilles et en apnée  est interdite à la femme enceinte afin de prévenir tout accident chez le fœtus. La méconnaissance d’une grossesse débutante lors de plongées peu profondes et dans la courbe de sécurité imposent une surveillance accrue mais pas une IVG.
 
   La reprise de la plongée peut s’effectuer quatre semaines après un accouchement normal.
L’allaitement maternel ne contre-indique pas la plongée mais nécessite une rigoureuse hygiène des seins.
 
    La piscine ou évoluent des plongeurs en scaphandre n’est pas adaptée à la future mère.
 
    La grossesse est un moment merveilleux pour les futurs parents et mérite donc un maximum de précautions pour une durée somme toute brève à l’échelle d’une vie.
                                                                                             

Doucument proposé par le  Docteur Christophe BEZANSON

                                                                           Médecin  Fédéral.

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Pour en savoir plus :
 
« Obstétrique pour le praticien » P.Lansac et coll.
       Editions Masson
 
« Plongée santé, sécurité »  X. Fructus et R. Sciarli
       Editions Ouest-France
 
« La plongée en apnée »         H. Courriol
        Editions Masson
 
« Plongée et grossesse »   Philippe Ferry
     Plongée Magazine. Revue bimestrielle 
            N° 50     juin-juillet 2002
 
 « Femme et plongeuse » Alain Delmas
Océans : Revue bimestrielle
            N° 267  mai-juin 2002

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Mes remerciements à mes confrères de la FFESSM pour leurs précieux conseils.

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Je vous invite à visiter ces trois sites qui ont aimablement repris mon texte et ce dont je les remercie:

  • ARESUB Plein d'informations ( médecine et biologie) passionnantes sur la plongée à La Réunion

  • C.A.S.C. Club de Chatillon ( très jolie présention)

  • Clapiluba Un très joli site perso avec de splendides photos ... et des tas de gifs plongée !!

Pour toute information complémentaire :bezanson@orange.fr

                                                                      Dossier mis à jour le 21 septembre 2018